Lycée de l'Image et du Son d'Angoulême
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Cette année, les élèves de seconde de l’option théâtre jouent une adaptation de KIDS de Fabrice Melquiot. Un chaleureux merci, donc, à l’auteur qui a bien voulu partager ses mots avec nous ! Merci aussi à Bernard Pico, avec qui le travail est toujours échange et plaisir, qui sera présent les 30 et 31 mai  pour travailler avec  29 apprentis comédiens pour les aider à jouer, préciser, placer, déplacer, comprendre …

ML Condé et D Rey-Galtier

Fabrice MELQUIOT nous répond :

Même s’il est tout à fait possible de trouver des réponses sur internet, nous avons préféré poser directement deux questions à l’auteur de KIDS. Le théâtre, c’est avant tout du partage…

1) Qui êtes-vous M. Melquiot ? 

Je suis un mammifère d’un mètre quatre-vingt-quatre et cent kilos, qui embrasse à tort et à travers sans jamais user de sa bouche, sinon pour proférer silencieusement que tout n’est pas vivable. Je suis le fils de mes parents et le père de mes enfants et le mari de ma femme, même si on n’est pas mariés, sauf à Las Vegas où régulièrement en rêve on se passe la bague. Je suis votre ami à chaque fois que vous lisez une de mes phrases, qui d’ailleurs ne m’appartient plus. Je suis l’ami irrégulier et fidèle de pas mal d’amis réguliers et fidèles. Je suis cinquante pièces de théâtre déjà écrites, plus une qui sera meilleure que les cinquante précédentes, j’espère. Je suis les voyages que j’ai faits, je suis les villes traversées et hantées, je suis derrière n’importe quelle fenêtre. Je suis perdu, souvent. Je marche et je me sens perdu. Quand je trouve une porte, je l’entrebâille, je reste sur son seuil, je regarde, j’écoute, je me tais. J’attends encore.

2) Pour nous, pourriez-vous redire pourquoi vous avez écrit KIDS, et comment l’avez-vous écrit ? 

J’ai écrit Kids à la suite du Diable en partage. C’est pourquoi les pièces sont publiées dans le même recueil. Elles évoquent la même réalité : la guerre de Bosnie, qui s’est déroulée d’avril 1992 à décembre 1995. Je me suis intéressé au conflit en ex-Yougoslavie après avoir découvert une coupure de presse relatant le voyage d’un déserteur serbe, qui avait quitté son pays pour s’installer à Paris où il espérait un statut de réfugié politique que le gouvernement de l’époque lui refusait. Ce garçon avait refusé de se battre contre ses voisins. Il se sentait devenir fantôme parlant une langue fantôme, dans un pays qui n’était pas le sien, où il avait le sentiment de n’être pas vu, pas considéré, pas regardé. J’ai commencé à lire beaucoup d’écrits autour des dramaturgies de la guerre, de l’histoire des Balkans. Je suis parti à Sarajevo en 1999. J’ai été accueilli dans une famille. Une femme seule avec son fils, Lorko. En peu de temps, Lorko est devenu mon ami. J’ai écrit Le Diable en partage en grande partie chez lui, avec lui, grâce à lui. Lui et Elma, qui à l’époque était sa petite amie. Lui croate et catholique, elle bosniaque et musulmane. Un an après ce premier voyage, et après avoir terminé l’écriture du Diable en partage, je suis revenu à Sarajevo. Lorko est venu me chercher à l’aéroport. Sur Sniper Avenue, à un moment donné, on s’est arrêtés à un feu rouge. Sur ma droite, j’ai aperçu deux gamins qui jouaient ensemble. Le plus grand avait un pistolet de bois, braqué sur le plus petit qui levait les bras. Le plus grand faisait signe au plus petit qu’il avait pris une balle, qu’il devait tomber. Le plus petit faisait non de la tête, genre je tomberai pas. Ces deux gamins, c’est le point de départ de Kids. Ce sont Stipan et Josip. Tous les autres sont venus ensuite. Beaucoup font écho à des lectures ou des rencontres. L’histoire de Sead et sa soeur, par exemple, c’est une histoire vraie, fondue dans la fiction. L’histoire de Bosko et Admira est célèbre, l’une des grandes tragédies de cette guerre, puisqu’ils sont morts ensemble, abattus au moment de fuir vers le nord de l’Europe. Tous les personnages ont leurs racines dans la réalité. Et je crois que c’est toujours comme ça, puisque l’imagination et la mémoire sont un seul et même muscle.

Voilà, en peu de mots, pour vous répondre et vous adresser un signe amical, vous remercier infiniment pour votre investissement.

Je pense à vous en espérant que vous garderez trace en vous de votre lecture, de votre travail. C’est pour cela qu’on fait du théâtre. Parce qu’on veut garder des traces du réel, des rêves et du vécu, des expériences qu’on fait.

Du courage et de l’intelligence, pour tous.

Avec mon amitié,

Fabrice Melquiot


Ci dessous, les propositions des élèves d’Arts du spectacle pour réfléchir à ce projet et à sa mise en scène : comment présenter la distribution ? quels costumes ? quel espace? quel contexte ?

Distribution …

Je suis SEAD. J’ai 18 ans. J’ai les cheveux sales et tirés en arrière. Ma chemise est trouée, à la guerre comme  la guerre comme on dit. J’ai aussi une écharpe en laine, elle me tient chaud.  J’ai perdu ma sœur, ça me rend nostalgique. Les autres me considèrent comme le «chef du groupe».

Je suis interprété par Eugénie Béasse, Dylan Bonifait, Clélia Lebreton, Jade Papiniot.

Je suis BOSKO. J’ai 16 ans. Mes cheveux sont plein d’épis, mes yeux sont cernés. Mon jean est crade, mon col roulé est vert. Je suis amoureux d’Admira, c’est ma seule raison de continuer d’exister dans cette fucking  guerre.

Je suis interprété par Anna Sougrati, Émilie Arbogast, Enora Van Der Bijl, Hugo Mas.

Je suis ADMIRA. J’ai 14 ans. J’ai les cheveux bouclés qui m’arrivent aux épaules. Mon teint est pâle. J’ai une robe bleue qui m’arrive aux genoux. Je l’aime bien cette robe, avec elle je me sens plus jolie. Pour me couvrir j’ai un gilet bleu, assorti à ma robe. J’aime mon BOSKO, on aimerait s’enfuir, tous les deux, loin de tout.

Je suis interprétée par Bérangère Denis, Claire Sendré, Émilie Robin, Dalila Vannet.

Je suis STIPAN. J’ai 15 ans. J’ai les cheveux très courts. Mes mains sont noires de crasse, c’est dégueulasse, mais je m’y fais. J’ai un tee-shirt blanc, maculé, mon short est en flanelle. On dit de moi que je suis méchant, que je renvoi chier les gens. Mais, I don’t care, FUCK.

Je suis interprété par Lola Trambouze, Tristan Golding, Léa Richeboeuf, Bérengère Bouny.

Je suis JOSIP. J’ai 13 ans. Mes cheveux sont courts, mon teint est pâle. J’ai la morve au nez, c’est un peu gênant à vrai dire. Je porte un tee-shirt publicitaire et un pantalon trop long. Je suis le frère de Stipan, il m’embête souvent, mais je pense que au fond il m’aime, enfin je l’espère.

Je suis interprété par Léa Ducouret.

Je suis AMAR. J’ai  15 ans. Les cheveux ras, la tête ronde. J’ai un pull jacquard avec les manches coupées et un short en velours qui n’est pas bien ajusté pour ma taille. J’adore la nourriture, vraiment, avec la guerre c’est compliqué de trouver à manger. Mais j’y arrive, sincèrement, je pourrai tuer pour du sauciflard.

Je suis interprété par Princella Abessem.

Je suis REFKA. J’ai 14 ans. J’ai les cheveux blonds et crasseux, un anorak rose, je l’adore, je me sens bien dans ma peau avec, enfin, « bien » est un grand mot, mais mieux que certaines autres filles. J’ai aussi une jupe beige. Sinon, j’ai tout le temps envie de faire pipi, cette histoire de continent, tout ça, c’est chiant à vivre.

Je suis interprétée par Elodie Pignoux, Fantine Camut, Maya Ménachaud, Nathanaëlle Péron.

Je suis NADA. J’ai 14 ans. Mes cheveux sont longs et bruns. Je porte un blouson en jean et une jupe avec des fleurs dessus, elle est plutôt jolie. Je vole les lipsticks des autres filles, on pourrait croire que je suis mauvaise, mais c’est pas vrai, je suis gentille, je le sais.

Je suis interprétée par Ella Hopkins, Lorie Garans, Juliette Carka.

Je suis VILDANA. J’ai 15 ans. J’ai les cheveux roux, c’est ma fierté. J’ai un blouson en cuir rappé et des lunettes de vue. Il m’arrive assez souvent de m’énerver, où d’être en désaccord avec les autres, c’est très grave je suis pas là pas pour me faire des amis, mais pour survivre, on sait jamais de quoi demain est fait.

Je suis interprétée par Manon Lestrat.

Je suis MELIHA. J’ai 14 ans. J’ai les cheveux blonds décolorés. Une chemise de garçon, c’est plutôt confortable, et une minijupe violette. J’aime les garçons, je m’intéresse beaucoup à eux, je pense connaître chaque trait de leur personnalité, leurs faiblesses, ce qui les fait craquer.

Je suis interprétée par Émilie Vivier.

Je suis TANIA. J’ai 13 ans.  J’ai les cheveux longs, trop long, donc je les attache. Je porte un pull rouge, il aurait pu être beau, mais il est troué aux aisselles. Contrairement aux autres je déteste les langues étrangères, surtout l’anglais, ça me donne mal au ventre.

Je suis interprétée par Julie Pagnoux.

Je suis EDINA. J’ai 15 ans. J’ai les cheveux courts, mes sourcils sont tout le temps froncés, je mets aussi du rouge à lèvre, je l’ai emprunté à Nada, elle a dû le voler. J’adore parler anglais, alors je sais que mon accent est à chier, but I don’t care, j’aime ça.

Je suis interprétée par Manon Fargeas.

Le titre, à notre avis :  KIDS, signifie enfants en français. En effet, durant la pièce nous allons suivre le quotidien d’orphelins, tous âgés entre 13 et 18 ans, pendant la guerre. Pour précision, ces enfants sont serbes, bosniaques, orthodoxes ou musulmans, amoureux, tristes, gais… et surtout solidaires.


 Propositions de costumes…

 Admira: Jupe grise tachée, Pull marron, Sandales fermées et abîmées ; blanches

Bosko: Veste noire simili-cuir vieillie, T-shirt jaune délavé, Pantalon marron en toile, baskets noires, trop petites

Amar: T-shirt bleu clair, Pantacourt marron en toile, Bretelles orange/marron/jaunes (raies verticales), Chaussettes blanches tachées, Chaussures marron

Nada: Leggings marron,Chemise noire, T-shirt orange foncé, Chaussures tennis blanches avec des fleurs roses, usées

Stipan: Jean taché, T-shirt blanche, Veste simili-cuir, déchirée, Bottes marron

Josip : Veste vert, T-shirt jaune, Jeans, Baskets rouges


  Propositions de mise en jeu et de scénographies, étapes du travail. 

Quelques scènes…notes pour réfléchir

Pourquoi le carton ?

-Plus facile pour le déplacer (léger), Plus facilement dégradable (pour la scène 4), il raconte aussi ce qui est sale, ce qu’on jette, la rue.

Scène 1 : Carton > des cartons bien organisés, rangés (effet de nouveauté )

AMAR : C’est ma constitution… (Il prend 2 ou 3 cartons et les jette).

BOSKO vs ADMIRA (ils peuvent frapper des cartons > violence )

La scène commence avec un monologue de Sead. Il se souvient de sa sœur qui est morte.

Crescendo sur la colère. Elle finit par une dispute entre Bosko et Admira.

Scène 2 : Rien ne bouge.

Admira et Bosko se retrouvent pour répéter leur scène d’amour qui n’aura pas lieu. A la place, ils se disputent à nouveau.

Scène 3 : Réorganisation des cartons pour faire une classe.

Flash-back. Les personnages sont dans une salle de classe. Ce sont tous des orphelins.

Scène 4 : Cartons abîmés pour représenter les tirs de snipers

Ils se trouvent dans un grenier et regardent les horreurs de la guerre.

Scène 5 : Réunion des cartons pour représenter la fin et le chœur final.

​​Cette scène annonce le rassemblement des personnages de la pièce.

Pour les chœurs, dialogue avec le lac …

Le devant de la scène est légèrement éclairé. Quatre filles y sont assises. Immobiles. Les jambes ballantes. Et la tête baissée pour certaines.

Puis la lumière augmente tout doucement. Derrière ces quatre filles, il y a des barques faites de cartons. Et dans celle-ci, il y a des silhouettes d’adolescents conquérant la mer. Immobiles eux aussi.

L’une des quatre filles assises au-devant de la scène commence à parler. Ainsi, la lumière change. Et elle ne cesse de changer.

La peur, l’angoisse, l’inquiétude ainsi que la méfiance gagnent ces silhouettes d’adolescents.

La lumière change de plus en plus vite. Comme si c’était des éclairs et peut-être même des bombardements.

Les adolescents paniquent, leurs barques de cartons se déchirent.

Quand la dernière des filles assises au-devant de la scène finit de parler, les changements de lumières s’arrêtent brusquement.

Un silence s’installe. Quelques respirations haletantes persistent.

La scène est recouverte de corps d’adolescents morts. Et les barques n’existent plus, il n’y a plus rien, juste des morceaux de cartons et des corps d’enfants.

NOIR

Pour le chœur final …

La scène s’éclaire progressivement. Soudain une petite fille entre en scène, suivie de son grand frère. Il porte un regard protecteur sur sa sœur, il l’aime, il en est fière. Il prend la parole, quand soudain à son opposé, une autre petite fille ainsi que son frère entrent à leur tour sur scène. Ce dernier continuera le récit. Et ainsi de suite.

Les frères et sœurs peuvent jouer en action le récit que tous racontent.

Leur sœur dans leur bras, l’air peiné, ils regardent le public comme si le tir qui a tué  leur sœur venait de là. «  Et je ne suis pas tombé »

NOIR.


 Contexte :  Guerre de Yougoslavie : 1991-1995

Un père reporter, ancien habitant de Yougoslavie, répond aux interrogations de sa fille de 8 ans sur la guerre.

– C’était quand la guerre dans ton pays ?

– Entre 1991 et 1995, j’étais encore jeune !

– Et pourquoi il y avait la guerre ?

– Les dirigeants n’étaient pas d’accord pour que certaines régions deviennent indépendantes, soit un autre pays que la Yougoslavie, c’était une guerre civile. Elle a opposé les minorités serbes, croates et bosniaques.

– Pourquoi c’est devenu comme ça ?

– Après la mort du président Tito, la façon de penser a changé, pas forcément en bien. Mais tu sais, c’est toujours compliqué les histoires de politique.

– C’était comment avant ?

– Avant, toutes les cultures se mélangeaient, surtout à Sarajevo. Pendant la guerre c’est devenu le contraire.

– Alors comment ils faisaient la guerre ?

– Les deux camps se tuaient, bombardaient les villes comme Sarajevo. Ils s’empêchaient  d’avoir accès à l’eau, la nourriture… C’était le siège de Sarajevo. Parfois même ils forçaient les populations à se déplacer. Et les enfants, ah les enfants… Dans la Sniper Alley toujours à Sarajevo, 1 500 enfants ont été tués… Tout le monde avait très peur, il y avait énormément d’orphelins.

– Mais tout était détruit ?!

– Une grande partie oui. J’ai quelques photos sur moi si tu veux voir. Ce sont des orphelins seuls à Sarajevo. Celle allongé sur la deuxième photo venait de se faire tirer dessus ; j’ai pris la photo en courant.

– C’est horrible ! Et toi tu as vu tout ça papa ?

– Oui j’étais journaliste. J’ai tout vu mais je savais que j’avais une maison en France donc je me rassurais.

– Comment la guerre s’est arrêtée ?

– Après le massacre de Srebrenica, les Accords de Dayton ont été signé le 14 décembre 1995 par le bosniaque Izetbegovic, le croate Tudjman et le serbe Milosevic. C’est comme ça que la guerre s’est finie, après je suis rentrée en France. Ils se sont partagés les territoires et  maintenant la Yougoslavie n’existe plus : elle est divisée en plusieurs pays comme la Croatie, la Slovénie, la Bosnie, la Macédoine, le Monténégro…

– Combien il y a eu de morts ?

– Cette guerre à fait 100 000 morts et 250 000. Je te montrerai plus de photos la prochaine fois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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